Un écovillage radical.

Dans le billet précédent, je vous disais que nous avons trouvé pas mal de terrains idéaux pour des projet d’écovillage ou d’habitat groupé, et pas mal de gens qui seraient intéressés à y vivre, mais que, pour une raison ou pour un autre, les personnes potentiellement intéressées ne faisaient pas le pas, et les projets ne se concrétisait pas.

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Le billet a suscité pas mal de réactions, et stimulé pas mal de discussions.

Dans toutes ces discussions, une idée revenait toujours: pour concrétiser un projet d’écovillage il faut une idée forte, qui puisse stimuler les gens à se mettre ensemble et à créer ensemble le lieu.

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Donc, il est temps de resortir toutes les idées accumulées ces dernières années, et les réorganiser dans un projet d’écovillage radical. Le voici:

1) Un lieu pour sortir de la société de consommation et se reapproprier du travail

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La société de consommation se base sur un pacte:

  • L’individu accepte de passer 8 heures par jour à un travail qui, souvent, est vidé de son sens. Il s’agit souvent d’un travail administratif, qui n’apporte pas de réelle plus-value à la société, ou d’un travail répétitif et déporvu de toute initiative personnelle (il existe quelques postes de travail passionnants, mais en général ils sont mal payés).
  • En échange, l’individu a accès à la possibilité de consommer. Il a un salaire qui tombe tous les mois, il a accès à un crédit, et peut utiliser cet argent pour acheter toute sorte d’objets et remplir ainsi son vide existentiel.
  • La possibilité de consommer est aussi une obligation de consommer. Toute forme d’épargne est vivement découragée.
  • De la même manière, sont également découragés tous les rapports non-commerciaux: rapports familiaux, rapports amicaux, rapports sentimentaux… Dans la société de consommation, l’accent est mis sur l’indépendance et l’affirmation de soi, et on ne dit pas que cette indépendance et affirmation de soi se réalisent par la transformation de tous les rapports humains en rapports commerciaux.

Pour sortir de la société de consommation, le premier pas est de se réapproprier du travail, en le transformant d’une activité faite uniquement pour payer ses factures en une activité porteuse de sens. On peut faire cette démarche de manière individuelle (pour cela, je vous invite à continuer la lecture par ici) ou de manière collective, par le biais de société coopératives possedées par les salariés.

Nous avons beaucoup réfléchi sur les sociétés coopératives il y a 3 ans, (les articles correspondants se trouvent ici, ici et ici) et nous avons mené le raisonnement jusqu’au but, en organisant notre bureau sous forme de société coopérative.

Et dans un projet d’écovillage, une coopérative de travail trouve toute sa place.

2) Un lieu pour les familles non traditionnelles.

Les familles traditionnelles sont en crise. L’amour dure en moyenne 3 ans, un mariage en dure 20 (le temps que les enfants grandissent et deviennent autonomes), et on finit ainsi pour passer 17 ans dans une vie de couple dans laquelle on ne se reconnait plus, uniquement pour préserver les enfants des traumas d’un divorce.

Même avec un divorce, les familles sont toujours en crise. On gagne la possibilité de sortir et de trouver des nouveaux partenaires, mais on doit gérer les enfants tous seuls, sans même plus le soutien de l’autre parent.

À côté de ces modèles de famille, plus ou moins traditionnels et plus ou moins disfunctionnels, il y est en train d’émerger tout un tas de nouveaux types de famille, tels que les familles polyamoureuses ou les familles arc-en-ciel. Les polyamoureux et les LGBT grandissent, commencent à faire famille, et ont besoin d’une organisation qui leur est propre, différente de celle de la famille nucléaire traditionnelle. Un projet d’écovillage devrait prévoir des types d’habitat sur mesure pour eux.

3) Un lieu pour tisser des liens de solidarité

En ville, la plupart des intéractions que nous avons avec les autres sont des rapports commerciaux. Au travail, nous intéragissons avec nos clients, nos fournisseurs et nos collègues; en dehors du travail, nous intéragissons beaucoup avec les commerçants du coin, avec les enseignants de l’école où nos enfants sont scolarisés, avec le coach sportif de notre salle de gym…

Les plus heureux d’entre nous ont une famille plus ou moins élargie, ou quelques amis proches. Mais, même dans ces cas là, les intéractions spontanées occupent une toute petite partie de notre journée: la plupart de notre temps est dédié à des intéractions commerciales.

Les rapports commerciaux impliquent aussi un besoin de performance: pour tirer un maximum de profit des relations commerciales, il faut être toujours au top. Et si on est au top 24 heures sur 24, on finit rongés par le stress.

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Un projet d’écovillage devrait pouvoir sortir de la stricte logique commerciale, et offrir plein d’occasions où tisser des liens spontanés: des repas participatifs, des échanges de services, des lieux de rencontre où se faire des nouveaux amis, et une place publique où se retrouver de manière informelle.

4) un lieu pour retrouver le sens de la vie

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Dans une société dominée par les liens commerciaux, il n’y a pas le temps pour réfléchir au sens de la vie. Et, si nous ne réfléchissons pas au sens que nous souhaitons donner à notre vie, nous risquons de partir sur une voie qui n’est pas la notre, pour nous retrouver à 35-40 ans à devoir tout quitter pour tout recommencer à zéro.

L’écovillage devrait pouvoir offrir plein d’espaces pour aider les habitants à retrouver le sens de leur vie: on pourrait y tenir des cours (l’enseignement pourrait être une des activités principales de l’écovillage, ainsi que une source importante de revenu pour ses habitants), offrir des espaces pour des ateliers et des discussions, ouvrir des lieux d’expérimentation.

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Dans ce domaine, il y a beaucoup de possibilités à explorer, et beaucoup de pistes à creuser!

5) Un lieu pour vivre nu

Après avoir vu plusieurs écovillages et lieux collectifs et communautaires, je peux affirmer que une des clés pour un projet qui fonctionne sur la durée est la présence de lieux où on puisse être nu.

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En général, les projets d’écovillages sont assez ephémères: la plupart des projets s’essoufflent après 3-4 ans. Si ces projets incluent une composant naturiste, la durée moyenne des différents projets augmente significativement, avec une grosse partie des projets qui tiennent sur la durée (40, 50, voire 80-90 ans), et cela malgré les moyens très restraints et le confort très spartain de certains lieux.

Cette différence dans la longevité des lieux est due au fait qu’il est relativement facile de créer un lieu pour vivre de manière frugale, pratiquer la permaculture et faire de la méditation, mais créer un lieu où on puisse vivre nu est beaucoup plus difficile: il faut trouver le bon endroit (pas trop proche de la civilisation, mais pas inaccessible non plus), l’aménager, le rendre habitable, l’entretenir et le faire vivre au jour le jour…

Donc, ceux qui se lancent dans la création de lieux naturistes développent vite un attachement très fort aux lieux qui ont créé, et sont prêts à traverser les épreuves les plus lourdes pour garder en vie ces lieux.

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(si vous souhaitez savoir davantage sur le naturisme, des infos supplémentairesse trouvent sur le blog de Naturomandie)

Il est difficile de permettre la nudité dans l’ensemble d’un écovillage où les gens vivent et travaillent, et où il peut y avoir des visiteurs et des clients à tous moments. Par contre, il est possible de créer dans l’écovillage des espaces où on puisse être nu: des espaces bien-être, des terrasses aménagées ou des salles de fêtes: des lieux où sortir du train-train quotidien et reprendre conscience de son propre corps.

6) Un lieu avec une architecture à taille humaine

Un écovillage devrait pouvoir permettre la coexistence d’espaces différentes, et cette coexistence devrait pouvoir se traduire dans la forme urbaine. Il faudrait donc pouvoir construire l’écovillage par le biais de petits bâtiments: un immeuble de 2-3 logements par ici, un centre pour activités par là, un immeuble mixte un peu plus loin: de cette manière on peut faire grandir l’écovillage de manière organique, par la somme de petites interventions.

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Pour la forme à donner aux édifices, il faudrait plutôt privilégier des formes naturelles, classiques ou organiques.

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7) Un lieu périurbain

Pour que l’écovillage soit vivant et puisse grandir de manière organique, il faudrait un territoire qui soit à la fois:

À ces conditions,  il faudrait aussi rajouter un marché du logement et de l’immobiler commercial assez détendu. Il faudra donc éviter les zones où sévit la pénurie de logements, et s’orienter vers des zones plus tranquilles.

Après avoir visité plusieurs régions en Suisse et France, j’ai retenu quelques territoires intéressants:

  • le Jura Suisse, sur l’axe entre Délemont et Belfort. Bien relié aux réseaux ferroviaires suisse et français (Paris est juste à 2 heures, et bâle est à 30 minutes), et avec un immobilier à des prix relativement petits, il offre plein de possibilités. Seul hic, le climat, un peu froid en hiver.
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Porrentruy. (source image)
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Gare de Belfort-Montbéliard.(source image)
  • Le Pied du Jura Suisse, entre Lausanne et Bienne. Un peu moins relié à l’international que le canton du Jura (il y a quand même des connections avec paris depuis Vallorbe ou Neuchâtel), il reste intéressant, notamment grâce à sa proximité avec Lausanne, Yverdon et Neuchâtel. Comme bonus, il y a les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat à proximité. Si cette région vous intéresse, nous avons un groupe de discussion dédié, ainsi que un projet en incubation!
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Yvonand. (source image)
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Bavois. (source image)
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Romainmôtier. (source image)
  • Bulle. La ville est plutôt moderne, et un peu à l’écart du réseau ferroviaire (par contre, l’autoroute passe juste à côté). Mais il y a plein d’espaces vides qu’on pourrait réaménager pour des activités, et plein de logements à prix très réduits.
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Bulle. (source image)
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  • Les Trois-Chêne + Annemasse. Une banlieue de Genève, divisée entre deux pays. Le côté transfrontalier de cette région offre des opportunités intéressantes: côté français, il reste plein de places de travail à pourvoir et plusieurs espaces libres pour des commerces et des logements, et côté suisse, il y a une économie qui tourne bien. Et c’est une des régions de Genève le moins touchées par la crise du logement.  Si cette région vous intéresse, nous avons un groupe de discussion dédié!
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Chêne-Bourg. (source image)
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Puplinge (source image)
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Ambilly (source image)
  • L’axe entre Genève et Lyon, via les vallées du Rhône et de l’Albarine. Entre Genève et Lyon, il y a plusieurs petites villes, bien connectées au réseau ferroviaire (1 h de Genève ou de Lyon, selon la ville), avec des prix de l’immobilier très bas, et dans un environnement naturel majestueux. Pour un projet de retour à la nature, ça serait l’idéal!
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Bellegarde (source image).
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Seyssel. (source image)
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Saint-Rambert-en-bugey (source image)
  • Aix-les-Bains. C’est une ville que je ne connais pas trop (j’y sui passé 2-3 fois), mais beaucoup de gens me l’ont conseillée. Je me repromets d’y faire une visite supplémentaire un de ces jours.
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  • La vallée de l’Isere, entre Grenoble et Valence, et la vallée du Rhône autour de Valence. Grenoble est plutôt à éviter (ces derniers temps, la ville est devenue plutôt dangereuse), mais le reste de la vallée de l’Isère est intéressant (surtout la partie entre St-Marcellin et Valence). Bonus par rapport aux autres régions: le climat, beaucoup plus doux.
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Saint-Marcellin (source image)
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Valence (source image)
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Tournon-sur-Rhône (source image)

Ce projet vous intéresse? Contactez-nous! 

 

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